Quelles avancées médicales pour l’allongement de la durée de vie en bonne santé ? (15/10/2018)

“La vieillesse est l’enfance de l’immortalité” Pierre-Claude Boiste

Au cours des six derniers mois, dans quelle mesure des problèmes de santé vous ont-ils empêché d’avoir des activités normales ?

C’est la question posée à des européens par Eurostat pour définir le nombre d’années de vie en bonne santé. Alors que l’espérance de vie tend vers une asymptote naturelle vers 120 ans, la qualité de vie devient une attente essentielle. Ainsi l’espoir d’ « une vie longue et bonne » imposerait-il de réduire et même prévenir les incapacités jusqu’aux confins d’une vie augmentée ?

L’enjeu est de taille....

En Europe, les plus de 65 ans passeront de 87 millions en 2010 à 148 millions en 2060. La santé, qui est la principale préoccupation des seniors est un marché prometteur dans le monde (10 000 milliards de dollars en 2005, l’e-santé en représentant 46). En France 100 millions d’euros ont été investis dans le secteur de l’e-santé et du bien-être en 2016. La dynamique de ce marché se dessine comme un eldorado.

Il reste que la population des seniors est hétérogène. Seulement 8% sont dépendants. Les plus jeunes sont dynamiques et leur consommation modifie structurellement l’ensemble des secteurs des biens et des services. Entre les deux, une population de personnes fragilisées par un vieillissement physiologique associé à des atteintes chroniques qui rendent leur situation instable. Tous ou presque souhaitent vivre chez eux, en meilleur santé possible, en contact avec leurs proches. L’enjeu est donc un accompagnement à domicile, rassurant et efficace qui prévient tout déséquilibre grevant le pronostic fonctionnel ou vital.

Dès aujourd’hui,  se développent sur le terrain :

L’avenir proche nous promet des avancées absolument spectaculaires :

Les travaux concernant les cellules souches révolutionnent déjà la greffe d’organes (rejets limités). Les organes bio-artificiels sont une promesse dans la voie du « graal » de la médecine réparatrice qui n’est pas sans soulever de vives discussions éthiques.

La génomique (séquençage génétique) permet la réalisation des recherches prometteuses grâce à des « ciseaux moléculaire d’ADN » qui seraient capables de réparer des séquences d’ADN « malades » mais aussi de mixer des ADN humains à d’autres ADN humains, animaux voire même végétaux. Ces travaux ouvrent un peu plus grande la porte de l’eugénisme et suscitent des réflexions éthiques profondes.

Les nanotechnologies (à l’échelle moléculaire ou atomique) pourraient permettre dans un avenir très proche d’équiper les humains d’outils de surveillance et de prévention en santé. Elles ambitionnent aussi de révolutionner les soins chirurgicaux, en permettant d’injecter des mini-robots dans des zones corporelles inaccessibles.

Les puces anthropomorphiques, peuvent faire figure de proue de ces innovations technologiques. Elles s’apparentent à un clone du cerveau humain et sont décrites comme étant aujourd’hui 1 milliard de fois plus efficaces pour traiter les informations.

Le développement des technologies interroge les besoins des seniors tout autant que les habitudes professionnelles des métiers du care notamment au domicile. Les différents acteurs ont tout à gagner à se rencontrer et favoriser le co-développement de leurs offres qui, avant d’être des merveilles de technologies doivent correspondre aux besoins des populations en se moulant dans le quotidien pour nourrir un lien de confiance avec les usagers.

Même si toutes ces évolutions séduisantes s’inscrivent dans un avenir prometteur, il ne s’agit pas de donner carte blanche aux prophéties trans-humanistes qui réveillent la toute-puissance humaine par le biais technologique et promettent l’éternité.

Les Grecs anciens considéraient qu’un homme avait vécu une vie bonne s’il avait trouvé sa juste place dans le cosmos, s’il avait vaincu ses peurs et s’il savait pleinement vivre au présent.

La principale avancée n’est-elle pas d’accueillir l’impermanence et d’offrir aux générations futures l’incarnation de la sagesse en donnant sens et raison aux développements technologiques ?

 

Stéphanie Marchand est médecin gériatre en charge d’un hôpital de jour cognitif thérapeutique (HPGM). Diplôme de Centrale Lille en 2011, elle est aussi médecin à Neurospin – CEA, dirigeant des travaux de recherche en neuro-imagerie sur le vieillissement cérébral, membre du CERNI à l’université Paris Saclay et formatrice à l’INSTN 

 

07:20 | Tags : silver économie, seniors, centrale, stéphanie marchand, cea, gériatre, vieillissement, génomique | Lien permanent | Commentaires (0)